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Régressions

Voilà. Fin de l’histoire. Enfin presque.

Il y a une semaine pile, je sortais peu à peu de la torpeur de l’anesthésie.

Le docteur Frau, mon chirurgien, adepte de la rapidité, mais ni de la pédagogie, ni de la gentillesse, passait me voir le lendemain matin : 

on l’a bien refroidi, celle-là ! 

Oui, je sais, vu comme ça, il a pas l’air sympa. Mais, on me l’a confirmé car j’ai recoupé les sources à de nombreuses reprises, c’est incontestablement un des meilleurs. Il est très dynamique, mais malheureusement peu enclin à expliquer les choses et à rassurer. C’est un peu l’usine, quoi. Un vrai médecin de qualité.

Deux heures après, j’étais fin prêt pour partir de la clinique. GK arrivait pour m’accompagner à la maison, nous dévorions un Mac Do (je me l’étais promis après la moussaka) le midi, et je pouvais enfin envisager une semaine de repos.

De la dépression à cause des repas dans les cliniques …

Cette opération doit normalement marquer la fin de mon hémangioblastome. C’est le nom savant du bidule. Ce midi, j’ai revu mon chirurgien, qui m’a confirmé que le machin régressait. Prochain épisode en janvier 2009 pour une visite de contrôle.

J’ai hésité. Je voulais vous montrer une photo de mon IRM, mais j’avais peur que quelqu’un de qualifié, passant sur ce blog, y voit une tumeur (forcément maligne … moi ? Drama Queen ?) que la radiologue n’avait pas vu. Le scanner abdo-thoracique (mon cher Scanner d’ailleurs, car la sécurité sociale ne veut pas me rembourser à cause d’une sombre histoire de papiers) était beaucoup trop intime pour que je puisse dévoiler mon intimité à la face du monde. Ma rate et mon foie sont à moi, et ça ne regarde personne.

Alors j’ai décidé de vous présenter mon angiome, sous deux angles différents :

A ce jour, j’ai encore pour 1 mois d’anti-inflammatoires, de cicatrisants, de vitamine A (notamment en pommade, avez-vous sérieusement essayé de vous mettre de la pommade dans l’oeil ? eh bien essayez, parce que moi, ça me sidère tellement c’est chiant …), et puis je retournerai le voir pour qu’il puisse me dire ce qu’il en pense.
Mais il me l’a dit

la tumeur régresse

Mon oeil a retrouvé un aspect quasi-normal, quelques vaisseaux sont encore éclatés, mais ce n’est rien à côté de l’hémorragie sous-conjonctivale de fin août :

Enfin, c’est l’occasion de commencer à tourner la page sur un truc qui m’obsède depuis 4 mois. Un truc que personne ne voit, un truc que les gens ont du mal à imaginer, et, surtout un truc qui leur fait peur.

Je n’ai pratiquement expliqué à personne que mon opération a consisté à tourner mon oeil gauche vers la droite (comme si je louchais) à l’extrême, pour pouvoir insérer directement par la conjonctive une canule permettant d’arroser la rétine en azote liquide, brûlant ainsi les tissus pour faire disparaître la tumeur. En fait, si, j’ai commencé à expliquer, mais les gens grimaçaient tellement que je me suis bien vite arrêté.

Cette tumeur est compliquée. Pas parce qu’elle est grave, ça fait 3 mois que je sais que ce n’est pas le cas. Non, elle me terrorise. Je m’en suis aperçu parce que j’avais un voile qui était – subitement, en moins de deux secondes – tombé sur mon oeil gauche. Ca, c’était la tumeur qui saignait, donc seulement le symptome le plus évident. Néanmoins, il est difficile d’expliquer qu’à ce stade je ne suis pas – physiologiquement – guéri, et ne le serai probablement jamais : l’hémorragie a laissé des traces, et j’ai toujours des saletés dans le vitré. A ce stade, ces corps flottants ne disparaitront probablement pas (je vais quand même réessayer me cure de 3 litres de flotte par jour), car le vitré ne se régénère pas vite. C’est complètement bénin, mais très stressant.

Je n’en dormais plus en août, en septembre ça m’énervait, en octobre je pensais que ça partirait, et là je me rends compte que le médecin avait dit que ça pouvait ne pas totalement disparaître. Et c’est le cas.

Whatever, je peux reprendre le boulot l’esprit tranquille demain. Je me suis même autorisé le droit d’être une journée pépère au bureau avant d’aller en clientèle. Je n’irai que jeudi et vendredi. Quitte à avoir pris du retard, autant prendre mon temps pour le rattraper.

Je pense que d’ici peu je vais regretter de m’être arrêté 12 jours complets, car avec ce qui est en train d’arriver sur mon bureau, ça va bientôt être la crise du logement dans ma banette courrier.

Il va falloir que je sois un bon chef, calme, patient, travailleur et tout et tout.

En attendant, je vais profiter de ma dernière après-midi de repos.

Ah oui, j’oubliais, je suis quand même allé chez le coiffeur, parce qu’entre le séjour à la clinique et le temps depuis lequel je n’y étais pas allé, je ressemblais à moi-même quelques années auparavant …

« J’t’avais bien dit qu’il était déjà dépressif enfant ». Collection particulière Darval de Bayen, photo prise de la terrasse à Colombey