Il a osé

Billet inachevé d’il y a quelques temps. Que j’ai ressorti et torché terminé.

Il a osé le faire, il a osé le dire. Je ne pensais pas que les choses changeraient si vite, parfois on est étonné. Ma vie a plus été bouleversée en 4 ans qu’en 25, parfois j’ai l’impression de ne redevenir que la pucelle arrivée à Paris qui se demandait si elle allait oser ou non, rue des Bons Enfants.

Quelquepart je pourrais aussi bien être un bouseux fraichement débarqué dans la capitale que je ne comprendrai pas plus grand chose.

Il me reste une chose à intégrer : on ne peut pas être ami avec tout le monde, on ne peut pas donner autant à chacun. Il y a celui à qui j’ai trop donné, et qui ne s’en est jamais servi, celui à qui je ne donne pas assez alors que maintenant il en a besoin. Celui qui n’est pas essentiel, mais important, qui est globalement confronté à la même chose que moi.

Assumer qu’il y a ceux qui passent, et ceux qui restent, pour un apéro, un tour en boite, une Bayen-party ou une touze.

Assumer que tout le monde ne restera pas quelqu’un de spécial, mais qu’il y aura des gens intéressants, de loin en loin. Compter ses amis, savoir qui ne le deviendra plus, trop tard, qui pourrait l’être, qui pourrait ne plus l’être, et dans ces derniers ceux pour qui ce n’est finalement pas plus mal.

Il est temps que je fasse du tri dans ma vie. Je n’ai qu’une chose à faire pour simplifier mes relations avec les gens, être moins committed. Moins à fond. Arrêter de ne plus dormir parce que j’ai l’impression qu’il ne m’aime plus, que je ne suis pas digne d’intérêt. Vends empathie exacerbée, ressentis à fleur de peau, tête près du bonnet chacha, contre capacité à savourer la vie simplement.

Je devrais peut-être quitter Paris, aller habiter à Charleville-Mézières quelques temps, et revenir. L’effet positif de Paris n’a peut-être pas joué à plein puisque je suis arrivé dans une période troublée. Il y en a pour qui ça a l’air bénéfique, donc ça me donne envie.

Il y a un an un à qui j’ai beaucoup donné, et de qui j’ai beaucoup reçu, avait décidé brusquement de mettre fin à ses jours. Une après-midi de Septembre, en plein pique-nique bloguesque, le jour de ma rencontre avec H&J, qui seront – mais je ne le savais pas – deux rencontres importantes en 2009, j’ai reçu un mail. Je n’avais pas eu de nouvelles pendant 4 jours, il avait eu le temps de faire 48 heures de coma et de se flinguer un rein. Je n’y pouvais rien, je le sais maintenant. J’ai eu une réaction insupportable. Étouffement total pendant 15 jours, impossibilité de respirer, nourriture uniquement constituée de kinder maxi. Au bureau, je me suis enfermé pendant 1 semaine, déprogrammé tout ce qui n’était pas essentiel. Le poids de la culpabilisation était trop fort. Je n’en ai pas parlé à l’époque, le sujet est touchy, mais avec le recul c’est à ce moment là que j’ai compris que je devais réagir.

Dans ce cas là, la réaction de culpabilisation est évidente – comment ne pas s’en apercevoir chez quelqu’un que tu vois 2 fois par semaine ? – à qui tu parles quasiment tous les jours ? Mais celle-là, elle a été impossible à vivre, entre mes sentiments en vrac et les gens qui te disent d’arrêter de t’en faire car tu n’y peux rien. J’ai compris que je n’étais pas normal, un corky de l’émotion.

Il est des choses qu’il faut soigner, je ne peux pas compter sur le fait que mon corps et mon esprit puissent supporter ce que je leur inflige, ce que les autres leur inflige, mais à cause de moi. Mourir d’épuisement à 40 ans me séduit dans l’idée, mais va falloir mettre le paquet sur la coke et les putes pour que je ne me rende compte de rien.

Je sais que le tri de mon cerveau va passer par le tri dans mes relations, redéfinir ma vie. Où veux-tu aller ? Comment ? Avec qui ?

Je ne parle pas de grand chambardement, je ne suis pas de ceux qui suppriment la moitié de leur répertoire sur un coup de tête. Juste repenser les choses. Dimensionner mes amours à ce que je peux faire, à ce que les circonstances autorisent.

Chaque chose à sa place et on se décomplexe.
Je vais faire une carte, moi aussi.

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11 digressions ↓

digression n°1 par Joss
le 20 novembre 2010 à 23 h 07

C’est assez étrange à dire mais, oui, pour se préserver il faut savoir « négliger » des gens, savoir se dire que tu passeras à côté de certaines personnes, c’est inévitable.

digression n°2 par Beur-Boy
le 21 novembre 2010 à 0 h 20

Je retiendrai ces phrases. « Arrêter de ne plus dormir parce que j’ai l’impression qu’il ne m’aime plus, que je ne suis pas digne d’intérêt. Vends empathie exacerbée, ressentis à fleur de peau, tête près du bonnet chacha, contre capacité à savourer la vie simplement. »

Pour le reste, parfois on en a juste tellement marre de cette impression de ne pas vivre ses amitiés à fond qu’on donne un énorme coup de pied dedans pour voir ce qu’il s’y passe.

Je suis si doué en foot que j’ai envoyé ce ballon tellement loin, que les seules personnes qui ont réagi sont finalement celles dont j’ai toujours été sûr.

Les autres étaient dans le ballon. Loin maintenant.

Pour la carte. J’ai dû me résigner à une version en 3D parce que c’était ingérable sinon.

digression n°3 par Olivier Autissier
le 21 novembre 2010 à 0 h 49

Et si tout simplement, tu étais en train de grandir ? Peut-être même commencer à vieillir un peu. Ça n’est pas une tare, au contraire.
Je crois que tu traverses une période juste normale, le recentrage sur l’essentiel. En tous cas, ça y ressemble.

digression n°4 par Cédric Darval de Bayen
le 21 novembre 2010 à 1 h 37

@ Joss : oui mais il y a des gens à côté desquels il eut été dommage de passer …
@ Beur-Boy : je ne veux pas envoyer tout bouler, justement. je veux gérer ça dans le calme (pour une fois), et remettre les choses à leur place tranquillement. pour ça, il faut d’abord que je trouve ma place. tu peux m’aider à modéliser ça ?
@ Olivier : probablement, en ai-je vraiment envie, de grandir ? J’ai grandi très vite, j’ai régressé, et je revieillis. C’est dur. j’ai l’impression – encore une fois – d’avoir tout fait à l’envers …

digression n°5 par Tambour Major
le 21 novembre 2010 à 9 h 04

L’éparpillement est épuisant tout autant que vain. Se recentrer sur quelques fondamentaux, quelques essentiels permet de trouver des appuis forts, des soutiens efficaces et de construire une relation réellement porteuse.
Certaines personnes ne font que passer. C’est ainsi, c’est l’éphémère, c’est la vie. Et surtout il ne faut jamais rien regretter.

digression n°6 par Cédric Darval de Bayen
le 21 novembre 2010 à 11 h 11

Je suis d’accord, mais c’est – beaucoup – plus facile à dire qu’à faire … En tout cas pour moi.

digression n°7 par Jonathan D.
le 21 novembre 2010 à 14 h 38

Les amis d’hier ne sont tous plus les amis d’aujourd’hui, les types de relations et d’échanges évoluent. Je crois qu’il faut renouveler et varier pour ne pas s’enfermer, mais savoir compter les personnes qu’on voudrait très longtemps près de nous, sinon, on se fatigue trop, définitivement.

digression n°8 par Une histoire de hasard… — Les ÉtaDam de Cédric Darval de Bayen
le 22 novembre 2010 à 18 h 33

[...] ← Il a osé [...]

digression n°9 par Frak
le 22 novembre 2010 à 19 h 13

Alors je comprends que l’exercice du blog consiste pour partie à théoriser sa vie, mais j’ai quand même le sentiment que l’on gagne en sérénité à ne pas trop essayer de contrôler l’ingouvernable. Ce qui commence pour moi par ne pas qualifier les relations, ne pas chercher à les entretenir à leur maximum, mais aussi ne pas les trier. Bref faire ce que l’on a envie de partager indépendamment des conséquences. C’est un détachement qui n’améliore pas franchement le côté social mais qui soulage sérieusement le côté cyclothymique. Bref laisser un peu filer la vie plutôt que lui tenir la bride serrée.
PS: Ce fût un plaisir.

digression n°10 par Cédric Darval de Bayen
le 22 novembre 2010 à 22 h 58

Que veux-tu je suis une control-queen !
Pareil.

digression n°11 par CW1
le 23 novembre 2010 à 0 h 13

Ce que je trouve intéressant dans les dix digressions (comme les dix commandements ou, peut-être, y en avait-il douze – ah non, c’étaient les apôtres de mes deux commandements : les futurs capitalistes, ahahah…), c’est qu’elles répondent toutes à un effet – grâce en soit rendue au seigneur CDDB – et ne parlent pas de la cause.

Cela étant, je suis, personnellement très touché de l’affection et du soutien qui entoure CDDB.

Je ne connais pas ce monsieur qui « a osé » – l’expression, en soi, est porteuse de tant de choses que je préfère m’abstiendre – mais, il a, sans doute, voulu jouer à la marge : quand la marge ne veut pas, tu peux te mettre à tuer un âne à coups de plumeau Rainbow en attendant ton passage.

De même que je protège mon fils de 17 ans des hordes de la Gestapo, protégez CDDB : au fond, c’est un oisillon tombé du nid brutalement.

Sur ce, l’empereur vous salue.

Digresser en toute tranquillité ...